**Simon Martineau, éleveur de Charolaises en Maine-et-Loire**
Je suis installé depuis 2022 à Saint-Hilaire-du-Bois, dans le sud du Maine-et-Loire, sur une ferme de 100 hectares, en charolaises, avec un passage en bio dès le début. J’ai arrêté les taurillons et commencé à engraisser quelques bœufs - huit par an - ainsi que toutes les femelles. On compte 60 à 65 vêlages chaque année.
**Une installation en douceur, en famille**:
Je me suis installé à la suite de mon père, qui partait à la retraite à 60 ans, dans une SCEA avec ma mère, qui est devenue salariée associée, non exploitante. Elle détient 25 % des parts sociales et travaille à la ferme à tiers-temps.
Ça faisait cinq ans que je pensais à m’installer. Avant, j’ai pu faire tout ce que je voulais : voyager un peu, partir au Canada pendant 8 mois et demi dans une ferme de vaches allaitantes. C’était vraiment dépaysant, j’ai vu pas mal de choses. Pendant ce temps, mon père préparait aussi son dossier pour sa retraite. On s’est retrouvés au bon moment, tous les deux prêts. Je suis revenu en décembre 2019 du Canada, et je me suis installé presque deux ans plus tard.
Entre-temps, j’ai bossé un an au service de remplacement, puis j’ai fait 4 mois de stage parrainage à temps plein sur la ferme. Ça m’a permis de faire des activités que je n’avais jamais faits seul, comme castrer les mâles, ou de préparer l’installation, comme planifier les accouplements pour les vêlages d’automne, de faire un peu de ménage dans la fermeMon père, lui, levait progressivement le pied, et chacun trouvait sa place.
**Une installation accompagnée**:
L’installation, c’est assez lourd administrativement, c’est clair et net. Mais franchement, on est bien accompagnés. Si on veut, on peut l’être de A à Z : par les chambres d’agriculture, Seenovia, le centre de gestionOn est très bien conseillé.
Bon, j’ai quand même eu l’impression que mon projet vaches allaitantes ne convainquait pas tout le monde. En 2021, les cours commençaient à peine à remonter. Je sentais des réticences. Heureusement, il y avait l’historique de mes parents, une situation financière saine. Les banques, au final, n’ont pas tiqué. Aujourd’hui, la situation est même meilleure qu’escomptée, c’est super.
**Le quotidien à la ferme**:
Gérer les pics de travail tout seul, c’est plus compliqué que ce que j’avais imaginé. Heureusement, mon père me donne encore des coups de main. Et au niveau des papiers, ma mère assure la comptabilité sur son temps partiel. Sinon, au quotidien, ça se passe bien. Je trouve encore que je travaille un peu trop, mais je me dis que c’est normal les premières années. Je suis en train de mettre en place des projets pour gagner du temps sur certaines tâches. C’est à moi aussi de changer ça pour pouvoir travailler seul le plus possible.
Ma mère part à la retraite fin mars 2026. Pour l’instant, je ne sais pas ce que je ferais après : peut-être mon père en salarié à mi-temps, ou alors des stagiaires ou apprentis. J’ai un stagiaire cette année, ça se passe bien.. À voir
**Avec le recul**:
Avec du recul, j’aurais peut-être fait certaines choses différemment. Dans mon plan d’entreprise, je n’avais pas anticipé tous les investissements à venir. Certains ont été décalés, aujourd’hui je priorise certaines dépenses pour pouvoir être plus serein en travaillant seul, et faciliter mes remplacements.
Mon conseil ? Rester très ouvert à toutes les techniques possibles. On peut élever des vaches de manière totalement différente chez les uns et chez les autres. Il faut être curieux, peu importe le métier d’ailleurs. Et surtout, bien s’entourer. Faut pas rester seul quand on engage des démarches comme ça. Mine de rien c’est quand même assez lourd.
On a toujours besoin des conseils des autres. Faut écouter tout le monde, mais garder son cap, se faire sa propre opinion et prendre confiance en soi. C’est peut-être ce qui m’a manqué au départ. Sur certaines décisions, j’ai pas eu assez confiance en moi, et ça m’a freiné. Aujourd’hui, je vois que j’aurais pu faire certaines choses dès le début.
**Le choix du bio**:
La ferme de mon père était déjà très herbagère, avec 75 % de surface en herbe. Et puis produire différemment, ça a toujours été quelque chose d’inculqué dans notre éducation. Moi, c’est surtout mes expériences qui m’ont convaincu. J’ai passé un an dans une ferme bio dans l’Aveyron, pendant mon CS. Le patron était en bio depuis 17 ans, et ça marchait super bien. Ça m’a conforté dans mes choix : on peut vivre du bio en allaitant.
**Se préparer, c’est essentiel**:
Je pense que c’est indispensable de se faire des expériences avant de s’installer. J’ai fait pas mal de missions via le service de remplacement. J’ai vu ce que je voulais faireet surtout ce que je ne voulais pas.
Avec mes passages dans l’Aveyron, au Canada, et le terrain ici, je me suis senti prêt. J’avais toutes les cordes à mon arc pour me lancer.
**Il faut se lancer ! Il y a de la place en élevage. Les cheptels baissent en France et en Europ